Quentin, 29 ans, une maladie anodine au début

Le Covid-19, cette maladie qui avait l’air anodine au début, a pris beaucoup d’ampleur dans nos vies. Au tout début de son expansion, cétait trop loin de nous pour que ça nous fasse peur. L’éloignement géographique avec la Chine me donnait un sentiment de sécurité… Égoïsme ? Peut-être, soyons honnête… Puis, les semaines passant, l’épidémie s’est installée en Europe. Normal, je me disais. Et ensuite, l’ampleur est devenue si grande, notamment en Italie, que les choses sont devenues « sérieuses » pour nous personnellement et que ce virus est venu interférer dans nos vies. Je n’ai pas tant eu peur pour moi, mais plutôt pour maman, qui est une personne à risque. 

De mon côté, j’ai tout d’abord ressenti de la frustration, car, travaillant dans un commerce autorisé à ouvrir, je devais toujours aller au travail, avec de nombreux contacts de clients. Après quelques réflexions, je me suis dit que je n’étais pas le seul. Que finalement, beaucoup de monde devait toujours se déplacer pour aller au travail, et que moi, au moins, j’avais la chance d’être en plutôt bonne santé et en bonne forme physique. 

Une photo d’une marche pendant le Covid-19. Très isolé

Rapidement, mon employeur nous a tous baissé à environ 20%. D’autres questions sont apparues: qu’en est-il de notre salaire ? De notre place de travail ? Des problèmes de grands comme j’en avais pas vraiment eu jusqu’à maintenant, un manque de sécurité que je n’avais encore jamais connu jusqu’à maintenant. Mon employeur, un très grand groupe, nous a toujours rassuré: nos places de travail et notre salaire étaient assurés. 

C’est une période hors du temps, qui nous force à freiner, tous ensemble (ou presque… J’ai beaucoup de respect pour les gens qui doivent travailler d’autant plus à cause de ce virus). Nous en profitons pour aller marcher en respectant scrupuleusement les règles de L’OFSP. C’est une période qui pousse à la réflexion: ais-je fait les bons choix dans ma vie, suis-je content de ma vie d’avant le Covid-19 ? Faudrait-il que je baisse mon temps de travail pour avoir plus de temps pour moi ? (parce que là, j’avoue que travailler moins fait du bien aussi…) 

En résumé, j’espère que le virus soit neutralisé le plus rapidement possible, j’espère (égoïstement aussi… Mais je crois qu’on l’est tous un peu) que mes proches en sortiront sains et saufs. J’espère également que l’économie fonctionnera avec plus de souplesse et moins de volonté de croissance effrénée, mais ça j’y crois beaucoup moins. Je pense qu’après ce choc, les choses redeviendront rapidement telles qu’elles l’étaient avant.

Ophélie, 24 ans, vivre au jour le jour

Mes deux colliers que j’ai toujours sur moi

Au début de la pandémie du coronavirus, je dois avouer que je n’étais pas trop inquiète puisque la majorité des cas se trouvaient en Chine, et seulement quelques cas étaient arrivés en Europe. Je pensais, un peu comme la plupart des gens j’imagine, que ça allait vite être sous contrôle. Et puis plus le temps est passé plus je me suis rendu compte que c’était vraiment sérieux. Je pense que ça a clairement affecté mon mental à certain moment, surtout quand on prend son téléphone et que toutes les nouvelles que l’on lit sont à ce propos, ça envahit les réseaux sociaux et au final on ne voit que ça a longueur de journée. J’ai essayé de limiter mon temps d’utilisation des réseaux sociaux et ça aide, au final on n’a pas besoin de savoir 3 fois par jour combien de nouveaux cas sont apparu dans tel ou tel pays. Les règles imposées m’ont parue évidentes dès leur implémentation, et je trouve qu’elles pourraient être même plus strictes. Je trouve que c’est dur de se projeter dans les prochaines semaines et d’imaginer quelle est la suite à tout ça, mais pour le moment c’est à mon avis important que tout le monde respecte les règles imposées afin d’avoir la situation sous contrôle. J’essaie de vivre un maximum au jour le jour afin de ne pas trop penser au future et aux conséquences que toute cette situation amènera.

Fabian, 28 ans, le monde n’a pas ralenti, il avance juste à mon rythme maintenant

Ah le covid-19.. Une sacré histoire qu’il nous fait vivre.

L’actualité et moi, on n’est pas trop copain. Enfin, c’est surtout qu’à force de suivre les dires des médias, je déprimais. Alors j’ai décidé de filtrer un maximum, de suivre des gens créatifs, authentiques, des gens qui font avancer les choses, qui pensent aux autres et qui se soucient du monde qui les entourent. Depuis je vis beaucoup mieux.

C’est pour ça que j’ai d’abord entendu parler du coronavirus à travers des amis. C’était encore au tout début, c’était encore loin, c’était encore flou. Je ne savais pas trop quoi en penser sur le moment. Puis il a pris de l’ampleur en Chine. De plus en plus de monde commençait à en parler autour de moi. J’ai décidé de m’informer un minimum sur le sujet. À force de lire des articles, de regarder des vidéos, j’ai développé de la compassion envers toutes ces personnes qui traversaient cette épidémie à l’autre bout du monde. Et plus je lisais, plus j’avais cette impression bizarre de lire un scénario de film. En quelques semaines, le film est devenu réalité. Les pays aux alentours s’affolaient, puis la Suisse aussi. Tout d’un coup il y a eu beaucoup d’informations, beaucoup de règles, beaucoup d’agitations. J’ai commencé à angoisser.

L’angoisse, j’en ai l’habitude. Mais là c’était différent. Cette chose ne concernait pas que moi, elle concernait tout le monde. Je n’angoissais pas seulement d’avoir le virus ou de le transmettre, mais je ne savais plus ce que je pouvais faire ou non, ce qui était bien ou ce qui était mal. J’étais perdu.. Comme beaucoup je crois. Au fil des jours et des discussions, les informations se précisaient. J’ai réussi à me canaliser. Mon angoisse a laissé place à une sorte de détermination. « Il faut qu’ON agisse vite! » je me suis dit. Alors j’ai pris mes distances et mes dispositions. Je me suis mis dans la tête de rester chez moi, de ne plus voir mes amis, de tout mettre en oeuvre pour que ce virus ne me touche pas et ne touche pas les gens que j’aime.

Puis cette détermination s’est transformée en colère. Pas contre le virus. Pas contre moi. Mais contre les gens qui ne pensait qu’à eux. Comme ce jour où on nous annonce que les bars, les restaurants et les magasins vont fermer. Comment ne pas réfléchir un minimum avant de se dire « Bordel !! Ca va fermer!! Il faut qu’on profite une dernière fois!! »? Comment ne pas comprendre que le virus n’en a rien à foutre que les bars ou les restos ferment le lundi suivant ? Comment ne pas comprendre qu’avec une manière de penser comme ça on donne de nouvelles opportunités au virus..? Et encore aujourd’hui j’ai lu un post de la RTS qui disait que le week-end avant la fermeture définitive de tous ces lieux publics a été un des plus gros moment de transmissions.. J’ai ri.. et lâché une larme aussi. 

Avec le temps, cette colère s’est atténuée. Ouf. Mais elle n’a pas disparu entièrement. Il y a toujours des personnes débiles et irrespectueuses. Par exemple: Au supermarché, le nombre de personnes est limité, il faut faire la queue pour y avoir accès et attendre son tour tout en gardant une certaine distance. Très bonne initiative. Et pourtant, hier, ma mère m’a avoué qu’il y avait des personnes qui tentaient de dépasser et de négocier avec le secu.. Ca se passe de commentaire..

Mais bon, j’ai pris sur moi et j’ai réussi à passer par dessus cette colère. Je me dit que quoi qu’il arrive je sais que j’ai fait mon maximum.

Passer par tout ces états d’âmes en si peu de temps m’a pris beaucoup d’énergie. 

Bref, avec tout ça, je me retrouve confiné chez moi.

En temps normal je travaille depuis la maison ( je suis illustrateur ). Rester chez moi ne me fait pas peur, j’ai l’habitude. J’ai l’habitude d’être souvent seul, de me retrouver face à moi-même, face à mes pensées, face à mes réflexions. Mes journées sont assez calme et se construisent autour de mes envies et de mon imagination. Prendre mon temps, je connais bien. Mais je sais que pour beaucoup, rester chez soi est un vrai défi. Parce qu’ils ont l’habitude de courir après les heures, les jours, les semaines. Je trouve juste dommage qu’il ait fallu attendre des mesure drastiques comme nous le vivons actuellement pour que certaines personnes remarquent que rien ne sert de courir et que, finalement, en prenant sont temps, en faisant des choses qu’on aime, on arrive au même résultat, voir mieux. En plus, cela nous permet de vivre plus adéquation avec nous-même et notre entourage.

Les jours passent, la pandémie prend de plus en plus d’ampleur et étonnement, je me sens de mieux en mieux. 

Je me sens de mieux en mieux parce que j’avais toujours l’impression d’être à la traîne, à la ramasse. Avant le monde allait trop vite. Aujourd’hui, il prend son temps. Au final, pour moi, le monde n’a pas ralenti, il avance juste à mon rythme maintenant. Je me sens de mieux en mieux parce que je vois la solidarité entre humain grandir. Je vois des gens se bouger pour faire les courses aux personnes âgées (et à risque) et leur apporter des repas chauds. Je vois des gens proposer leur aide et partager sans rien attendre en retour. Je vois des gens prendre des nouvelles d’autres gens. Je vois des familles redevenir des familles. Et j’entends des gens applaudir, crier, chanter, siffler, chaque soir à 21 heures pour remercier le personnel médical et tous les autres qui continuent à se donner à 100% pour que chacun puisse vivre et survivre. Avant on avançait chacun pour sa gueule. Aujourd’hui on pense aux autres. Je me sens de mieux en mieux parce la créativité des gens explosent. Des plateformes d’échanges se créent. Des podcasts fait maison voient le jour. Des musiciens font danser leurs voisins. Des illustrateurs mettent à disposition leurs dessins pour que les enfants puissent les colorier. Des vidéastes passe du grand au petit écran. Des humoristes font des blagues depuis leur salon. Il y a une profusion créative tellement impressionnante ! L’art s’invite chez les gens. Les gens le partagent. 

Les gens se découvrent créatif. Des talents se révèlent ! C’est beau !

Ah oui je me sens mieux !

Ah oui je me sens bien !

Je me sens bien, mais je ne dis pas que cette situation est facile pour moi mentalement. Bien sûr, je dois faire des concessions. Bien sûr je me sens très limité. Mais je crois que le plus dur, c’est le sans contact. Je suis quelqu’un de très tactile et j’ai besoin du contact physique avec les autres. Une main sur l’épaule, une bise, une accolade, un câlin, une poignée de main, une caresse,… Toutes ces choses sont pour moi essentielle à mon bien être mental. En ce temps de confinement, je prend beaucoup sur moi. Ca me demande beaucoup d’énergie pour ne pas prendre un ami, mon père, ma mère ou mon frère dans les bras. Pour l’instant je tiens bon. J’ai assez de projets et d’idées pour m’occuper l’esprit. Je suis confiant pour la suite. 

Mon cerveau, mon coeur et moi, on va s’en sortir!

Même si mon cerveau ne peut pas s’empêcher de se poser certaines questions…

Pourquoi avoir dû attendre une situation extrême comme celle-ci pour que le je devienne nous ? Pas un nous à la course au profit, mais un nous à la course à la solidarité, à l’entraide. 

Comment ça se fait qu’on ait réussi à réagir en quelques jours face à ce virus, et que depuis des dizaines d’années rien ne bouge face au désastre écologique ? 

Pourquoi attendre une situation telle pour réaliser que vivre simplement, sans artifice, est quand même bien meilleur pour notre mental ?

Pourquoi…? 

Pourquoi…? 

Pourquoi…?